Il y a quelques mois, nous avons sollicité Samuel, ancien collaborateur chez Silicon Salad désormais illustrateur indépendant basé à Lille, pour concrétiser un projet un peu fou : celui de réaliser des illustrations sur-mesure pour l’ensemble de nos supports de communication ! Nous sommes aujourd’hui heureux – et fiers – de dévoiler le fruit de cette collaboration. Ce fut un travail de co-création passionnant, et nous souhaitions pour l’occasion vous présenter l’artiste au parcours éclectique qui se cache derrière ces personnages que nous avons voulu à notre image : dynamiques et hauts en couleurs.

Qui es-tu ? Quel est ton parcours ?

Je m’appelle Samuel, j’ai 35 ans, je suis papa et illustrateur. Actuellement, je suis en réalité illustrateur et designer UX puisque je partage mon temps entre ces deux activités. En ce qui concerne mon parcours, il a été assez atypique ! J’ai étudié le design graphique dans une école à Cambrai, et suite à un premier job en tant que web designer, j’ai rejoint Silicon Salad pour rapidement devenir développeur front end, métier que j’ai exercé pendant près de 4 ans. C’est d’ailleurs chez Silicon Salad que j’ai rencontré Camille – ma compagne – avec qui je suis ensuite parti vivre en Australie pendant quelque temps. A notre retour, après une première expérience en tant que freelance mitigée, j’ai rejoint l’agence Inouit. Cette expérience a marqué la fin de mon parcours en agence, et le début d’une nouvelle vie à mon compte. J’ai alors décidé de me remettre à l’illustration.

Samuel Markiewicz - illustrateur pour Silicon Salad

Comment se passe cette nouvelle expérience en tant que freelance ?

Beaucoup mieux que la première ! Je pense que j’avais besoin de mes dernières expériences en agence pour mûrir. Aussi, entre deux, je suis devenu papa, ce qui m’a permis de revoir un peu mes priorités ainsi que certaines perspectives. Étant assez anxieux de nature, j’ai réalisé qu’il n’y avait rien de mieux qu’un enfant pour apprendre à relativiser sur tout le reste ! Grâce à ma fille, j’ai pris un peu de recul sur tout ce qui concerne ma vie professionnelle, ce qui me permet d’être beaucoup plus zen au quotidien.

Te souviens-tu de ce qui a suscité ton intérêt pour le dessin, l’illustration ?

De mémoire, j’ai commencé à dessiner à l’entrée du lycée. A l’époque, j’étais assez isolé, raison pour laquelle j’ai commencé à créer des bandes-dessinées. Les choses se sont arrangées par la suite, mais j’ai continué à dessiner. A tel point qu’arrivé en Terminale, je voulais faire de la publicité. Sur les conseils de mes proches, j’ai finalement intégré une école de graphisme à Roubaix. Après un an, je suis rentré à Cambrai pour terminer mon cycle. Globalement, c’était une super formation ! J’ai eu la chance de bénéficier d’un enseignement extrêmement riche et grâce auquel j’ai le sentiment d’avoir acquis une véritable “culture” artistique.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

C’est intéressant comme question. A vrai dire, depuis à peu près un an, je ne regarde presque plus d’illustrations. Autant il y a trois ans, je puisais beaucoup d’idées auprès d’autres artistes, autant aujourd’hui, je me base davantage sur la photo – notamment la photographie de film – surtout pour observer le mouvement. Beaucoup de ce que je mets dans mes illustrations est d’ailleurs basé sur le mouvement. Je regarde des photos de skate, de tennis, de danse… Je me focalise donc beaucoup moins sur l’illustration.

A quel moment as-tu senti que tu commençais à trouver ta “patte” ?

Honnêtement, je ne l’ai pas encore ! Il y des formes qui commencent à se dégager, mais pour moi, il s’agit plutôt d’éléments qui sont devenus fixes. Il y a un côté un peu angoissant à s’enfermer dans un style, mais je pense que c’est nécessaire. Dans mon cas par exemple, mes clients viennent davantage à moi pour mes personnages que pour mes peintures. Je n’ai pas envie pour autant d’abandonner la peinture car elle m’apporte beaucoup en tant qu’artiste, mais commercialement, je mets en avant ce qui plaît aux gens – donc mes personnages.

Peux-tu nous raconter la genèse de ce projet avec Silicon Salad ?

Je suis arrivé chez Silicon Salad en 2009 et j’y suis resté trois ans. Par la suite, je suis resté en contact avec certains collaborateurs via les réseaux sociaux. Fin 2020, Dorothée, directrice artistique, m’a contacté pour évoquer l’idée d’un projet d’illustrations pour Silicon Salad. L’idée était de donner une nouvelle dimension au site web de l’agence, et de lui offrir une identité encore plus forte grâce à des visuels sur-mesure vraiment différenciants. Le projet m’a tout de suite plu ! On s’est rapidement orientés vers un travail “au trait”, sans couleurs pré-définies, de manière à pouvoir adapter chaque illustration. Dès le départ, Dorothée m’a donné des directions, de la pige – juste ce qu’il fallait pour m’orienter sans que je me sente noyé !

Direction artistique illustrations Silicon Salad

L’un des challenges était de créer du dynamisme en utilisant majoritairement du noir et du blanc, d’où le choix pour des formes très élancées, pas nécessairement réalistes. Le style s’apparente à ce que l’on pourrait faire sur de la gravure.

Le premier test a été la réalisation d’une illustration pour la carte de vœux de fin d’année. J’ai mené tout d’abord une phase de benchmark au cours de laquelle j’ai réalisé des collages, en vue de trouver une direction. Pour chaque projet, cette étape est très importante car elle me permet de rester cohérent et d’éviter la redondance. C’est en effet assez facile, sur de tels volumes d’illustrations, de s’éloigner légèrement du style retenu, ou encore de se laisser aller à créer des illustrations trop similaires entre elles, sans s’en rendre compte.

Carte voeux illustration Samuel

Ce projet en particulier m’a une nouvelle fois démontré que bien souvent, le plus long n’est pas la phase de production mais bien la phase de recherche et d’exploration. Je peux en effet passer jusqu’à une ou deux journées à réfléchir, m’inspirer, sans rien “produire”. Puis vient la phase de production. A partir de là, je dessine, je teste, je jette, je teste encore. Jusqu’au moment où le déclic se produit, lorsque je sens que je tiens quelque chose de suffisamment solide pour poursuivre dans une direction particulière.

N’y a t-il pas des moments où tu te lasses de ces personnages ?

Pas encore. Pour l’heure, j’ai le sentiment qu’ils me deviennent familiers, et c’est plutôt agréable. Ceci étant dit, on consomme une telle quantité d’images qu’une certaine lassitude un jour ou l’autre est presque inévitable. Dans six mois ou un an, j’aurai évolué en tant qu’illustrateur, mes goûts également. Mais il en sera probablement de même de votre côté ! La durée de vie d’une illustration peut être courte comme plus longue. Chez Mailchimp, cela fait déjà 3 ans qu’ils exploitent les mêmes illustrations. A l’inverse, dans d’autres entreprises, les visuels sont renouvelés beaucoup plus régulièrement. Ce qui est certain, c’est que je ne peux pas garantir l’intemporalité des illustrations que je produis aujourd’hui !

Quels outils utilises-tu ?

Pour toute la phase de recherche et d’exploration, j’utilise des crayons de bois, des feutres et mon tableau velleda. Je dessine aussi beaucoup sur l’ardoise magique de ma fille. Sinon, je travaille surtout avec le logiciel Procreate sur iPad Pro. Pour les illustrations de Silicon Salad, j’utilise également Illustrator pour iPad, ce qui me permet de faire du vectoriel directement. Le gros avantage, c’est que je peux emporter mon outil de travail partout !

Combien de temps passes-tu sur chaque illustration ?

C’est très variable. En ce qui concerne les illustrations pour Silicon Salad, je commence à avoir l’habitude et j’ai acquis certains automatismes, donc je dirais entre 20 et 30 minutes sur les dernières. Dans ce temps, je ne compte pas la phase de réflexion mais bien uniquement la production pure. J’ai par exemple passé beaucoup (beaucoup) de temps à réfléchir à la bonne manière d’illustrer certains concepts marketing !

Comment la collaboration avec Silicon Salad va-t-elle se poursuivre ?

En parallèle de toutes les illustrations intégrées sur les pages institutionnelles telles que la page d’accueil du site et les pages présentant les offres du site, je travaille sur l’illustration des présentations commerciales de l’agence. Ensuite, toujours dans un souci de cohérence et d’harmonie visuelle, il est prévu que je réalise des illustrations pour les articles de blog. Le style sera plus crayonné, dans un esprit davantage “croquis”, et pourquoi pas en noir et blanc. C’est encore une autre phase, mais qui va nous permettre de poursuivre le projet et de donner une dimension encore plus pointue et personnalisée au site de Silicon Salad.

As-tu connu des échecs artistiques, et si oui, comment les as-tu surmontés ?

Tout dépend de ce que l’on entend par échec artistique ! Par exemple, hier, j’ai commencé une peinture que je n’aime pas du tout ! Dans ces cas-là, soit j’abandonne complètement, soit je laisse de côté pour un temps. Je pense que personnellement, le plus gros échec artistique est lorsqu’un client me dit “non, ça, je n’en veux pas”. Cela arrive relativement rarement, mais quand ça arrive, il peut être difficile de ne pas prendre ce genre de retour pour soi. Ça touche à l’ego, et au début de ma carrière, il m’est même arrivé de me dire “mince, je vais peut-être faire autre chose”. Or je crois que la meilleure façon de surmonter ces échecs, c’est avant tout de continuer ! C’est également de s’entourer de personnes suffisamment sympas pour nous motiver, accepter la part de subjectivité inévitable à laquelle est soumis notre travail, et savoir faire preuve de patience. Pour résumer, je dirais qu’il faut un bon mélange d’humilité et de confiance en soi !

As-tu d’autres passions que le dessin ?

Au départ, l’illustration est un hobby. Mais puisque mon hobby est devenu mon travail, j’ai à cœur de veiller à ne pas m’en “dégoûter”. Pour cette raison, je pense qu’il est important de trouver des tangentes. Autrement dit, j’essaie d’avoir d’autres hobbies que j’appelle “loisirs de contournement” qui me permettent de m’éclater sans aucune pression. J’aime beaucoup le cinéma mais surtout depuis un an, je prends beaucoup de plaisir à prendre des photos. J’y trouve un intérêt artistique vis à vis de mon métier d’illustrateur puisque cela me permet d’ajuster le cadrage sur mes compositions. Pour mes peintures, cela me permet de mieux comprendre comment la lumière fonctionne. Enfin, j’adore faire la cuisine. Ça me détend énormément !

Aurais-tu un conseil pour les personnes tentées de se lancer en tant qu’illustrateur ou illustratrice ?

Tout d’abord, je dirais : commencez tôt, et accrochez-vous ! Pour moi, la seule clé est la consistance. Il faut pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer. Aussi, je leur conseillerai de se forger une carapace, notamment pour ne pas laisser Instagram et Pinterest leur faire croire que d’autres artistes valent nécessairement mieux. Personne ne fait “mieux”, chacun fait “son truc”, son art. Passer ce cap mentalement est une grande étape en tant qu’artiste. Enfin, je dirais qu’il est très important de ne jamais se reposer sur ses acquis. Prendre l’habitude de se renouveler, apprendre continuellement est indispensable. Je dirais même qu’à mon sens, rester statique tue !